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La reconnaissance, moteur du web 2.0, par Philippe Batreau

vendredi 24 novembre 2006

Loin de signifier la fin des intermédiaires, Internet crée des altermédiaires . Ceux-ci témoignent de la volonté de reconnaissance des uns et des autres, volonté que le web 2.0 devrait satisfaire. Telle est l’analyse de Philippe Batreau, trésorier de l’Isoc, fondateur de l’association des internautes territoriaux et responsable du site www.altermediation.fr.


Certains ont cru que la société en réseau en général et Internet en particulier apportait dans ses bagages la désintermédiation. Les intermédiaires qui créent de la valeur en faisant payer une information rare et coûteuse quant à son contenu ou son contenant, fut-elle donnée publique, allaient disparaitre au profi t d’une communication directe entre les personnes morales / physiques produisant et consommant informations, savoir ou connaissances.

C’est à moitié vrai, à moitié faux. La disparition d’intermédiaires traditionnels ou des formes de médiations traditionnelles ne conduit pas à la désintermédiation mais à de nouvelles formes d’intermédiations et à l’apparition de nouveaux médiateurs, les alter-médiateurs ou pourquoi pas altermédiaires. L’altermédiation est donc la médiation informationnelle alternative aux modes traditionnels de communication où, au niveau particulier, l’individu devient son propre média et choisit ses sources d’information ; et où, au niveau général, l’information est profilée, les outils personnalisés aux besoins explicites ou déduits de l’individu. L’information de masse devient personnalisée et signifiante. L’altermédiation ne se conçoit que dans le réseau, pour produire et/ou recevoir l’information / communication / donnée /savoir.

Cette altermédiation à deux faces, individuelle et collective ne fait que satisfaire le besoin de reconnaissance de l’individu, voire de la communauté. L’appropriation, la maîtrise des outils de communication et la construction de son propre réseau pour ne pas subir les réseaux dominants sont des processus d’altermédiation. Le blog est par excellence l’outil altermédiaire de l’ère réticulaire.

Identification, reconnaissance de soi et reconnaissance mutuelle sont pour Paul Ricœur les stades de la reconnaissance. Il n’en est pas autrement dans l’altermédiation, médiation où se satisfait le besoin explicite ou non d’être reconnu et corollairement de reconnaître. Pour Thierry Gaudin, « Internet aussi est habité par de multiples processus de reconnaissance, dans lesquels se retrouvent les acteurs, même lointains, partageant une passion commune. »Un monde altermédiaire et qui commence à en prendre conscience se dessine pour construire les réseaux voulus et non plus subis. Web 2.0 et Internet par tous Si on défi nit le web 2.0 comme une utilisation personnalisée, conviviale, souple d’utilisation, il correspond à de nouveaux usages facilités par des avancées technologiques. Sinon dans ses usages au moins dans ce dont on en attend, le web 2.0 répond à cette évolution, au besoin de reconnaissance et à la volonté de maîtriser son environnement. Son succès correspond au à un besoin de construction de l’Internet par tous, du subir au construire.

L’Internet par tous commence par la maîtrise individuelle de son poste informatique par les techniques du web 2.0 notamment. Si l’Internet pour tous relève du slogan politique d’individus et d’associations engagées, telles que l’Isoc ou l’Association des Internautes Territoriaux, l’Internet par tous est la prochaine étape. C’est une réalité qui se construit sous nos yeux par les pratiques de coproduction de contenu d’écrit public en usage dans des collectivités innovantes. C’est la profusion des blogs, l’institution de la blogosphère comme un élément désormais incontournable de l’accès et de la production d’informations, de savoirs, connaissances, arts, culture…

L’Internet par tous, ce n’est non pas les internautes qui prennent le pouvoir, mais qui le gardent et l’exercent au lieu de le confi er à d’autres intermédiaires qu’eux-mêmes. C’est une déclinaison de l’altermédiation, la médiation alternative de l’ère réticulaire, usage provoqué par le développement de la société en réseau(x). Nous croyons aborder la société de la connaissance quand en fait nous construisons celle de la reconnaissance, des internautes altermédiaires, qui veulent reconnaître qui bon leur semble et être reconnus. Les réseaux sociaux, les blogs et les outils de ce qui est appelé web 2.0 sont là pour satisfaire ce besoin.

Philippe Batreau


Publié dans la lettre Sociétés de l’Information, n°30, septembre 2006