Le blog d’AdmiNet

Accueil > Billets > En 2020, la vie en réseau sera globale et locale

En 2020, la vie en réseau sera globale et locale

trois questions à Paul Soriano - La Tribune du 21/02/2007

mercredi 21 février 2007, par Paul Soriano

Paul Soriano est président de l’Institut de prospective de La Poste - IREPP. Il vient de copublier le n° 10 de la revue "Medium " - janvier 2007, "Le numérique en toutes lettres".

À quoi ressemblera la vie en réseau en 2020 ?

Jusqu’à présent, le réseau a efficacement servi la concentration. À l’encontre des discours sur les vertus décentralisatrices du réseau, on a assisté, dans tous les secteurs, à la montée des oligopoles. Si l’on veut être plus précis, le réseau autorise la "fragcentration", qui combine concentration et fragmentation (sous-traitance, externalisation). Toutes sortes de raisons - économiques, sociales, voire anthropologiques - militent pour la relocalisation du monde. Le réseau peut servir ce scénario qui produira des effets notables d’ici à 2020. Le monde sera plus " glocal " (global-local) qu’il ne l’est.

Quelles sont les conséquences du déploiement de l’Internet pour demain ? Sur l’éducation et la culture ?

Les conséquences néfastes, ce sont les issues fatales qui se dessinent au bout des tendances lourdes actuelles. Les délocalisations, combinées avec la financiarisation des biens de ce monde, entraînent une " déréalisation " d’un grand nombre de territoires, ce qui n’est pas humainement " soutenable ". Sur le plan de l’éducation et de la culture, l’assimilation abusive de l’information (qui circule frénétiquement sur le réseau) au savoir (qui s’accumule, métaboliquement) serait néfaste. Mais là encore rien n’est déterminé en soi par Internet ou le réseau. Observez Wikipédia : d’un projet libertaire (n’importe qui peut librement écrire et effacer), elle se hiérarchise spontanément, jusqu’à ériger cinq niveaux de validation des contenus ! Le cyberespace est en cours de civilisation, sous l’oeil attentif des barbares.

Avec les e-mails, les blogs, va-t-on vers une société de l’écriture ?

Les formes et les contenus de ces écrits relèvent plus de la conversation (écrite) que du discours construit. C’est particulièrement vrai avec la messagerie. Le phénomène le plus intéressant est celui de l’hybridation. Le numérique permet la déconstruction des supports de l’écrit tels que le livre, le journal, la lettre, et la prolifération de nouveaux " formats " de lecture-écriture. Le blog en est évidemment un exemple parfait.

PROPOS RECUEILLIS PAR Y. DE K.