Etude de cas en économie de l'éducation (Eléments de réponse)
Etude de cas en économie de l'éducation (Eléments de réponse)
La sélection des enseignants par les établissements donnent-elles de meilleurs résultats que le recrutement au hasard ?
Imaginez une région où les établissements scolaires recrutent leurs profs. Une année, l'immigration est telle dans la région que le nombre d'élèves accueillis double. La structure des classes est inchangée (même profil). Mais leur nombre double aussi. On doit donc faire appel aux candidats enseignants qui précédemment n'ont pas été retenus.
Le niveau des élèves va-t-il croître, se réduire ou rester identique ?
Comme l'a signalé un commentateur (qui a de saines lectures), ce cas fictif est en fait inspiré d'un article de Ray Fisman publié dans Slate et relayé par Tim Harford.
L'article de Fisman est une réflexion globale sur la supervision et le recrutement des enseignants et la place des syndicats dans la performance scolaire, qui mérite entièrement le détour. De manière plus limitée, à la suite d'Harford, j'ai relevé le fait que laisser les établissements recruter leurs enseignants librement n'amène pas forcément à engager les meilleurs.
L'article cite une intéressante étude de Thomas Kane et Douglas Staiger, basée sur une expérience naturelle à Los Angeles où la baisse légale du nombre d'élèves par classe dans le primaire a conduit à tripler le nombre d'enseignants en activité. Ce qui, dans mon cas d'école, était lié à une immigration aussi massive qu'inimaginable à grande échelle. Ici, on peut supposer que la zone géographique couverte est assez vaste pour considérer que le résultat observé a un sens. Alors qu'on aurait pu s'attendre à ce que les enseignants nouvellement recrutés soient moins bons - et donc que les résultats baissent - puisque les meilleurs avaient déjà été recrutés (par un genre de loi des rendements décroissants), on n'a pas observé de différence significative. La conclusion est celle annoncée : le recrutement n'est pas forcément aussi efficace que cela. C'est un résultat basiquement contre-intuitif. Personnellement, si on m'avait posé la question, j'aurais spontanément penché du côté de l'intuition. L'économie empirique est décidément utile.
Voir en ligne : econoclaste.org - L’économie pour les nuls et les autres...
Pourquoi avons-nous créé ce site ? Parce que nous aimons cette "science lugubre" qu’est l’Economie (ou l’Economie politique ou la Science économique, nous ne nous formalisons guère sur le nom qu’on lui donne ; la plupart des thèmes nous intéressent, nous préférons employer le terme Economie sans plus de détail). A nos yeux, outre le fait que cette discipline concerne tout un chacun, elle est intellecuellement stimulante. Nous n’emploierons pas le terme de "ludique", qui pourrait être mal interprété par certaines personnes réellement lugubres elles, mais c’est pourtant un aspect important dans notre approche. Certaines rubriques de notre site sont d’ailleurs assez explicites sur ce point. L’Economie autorise une rigueur certaine dans le raisonnement. Et de par sa jeunesse relative, son caractère humain et sa complexité, elle laisse à l’imagination et la nuance une place de choix, que nous apprécions plus que ne la regrettons. Evidemment, ce qui d’un point de vue individuel est passionant et amusant peut être regrettable dans une perspective sociale. Des questions comme l’éradication de la pauvreté économique mériteraient plus de certitudes, plus de solutions évidentes, que nous n’avons pas grâce à l’Economie.
Ce qui nous conduit à parler de politique. L’Economie est-elle politique ? Nous pensons que oui. Mais pas n’importe comment. Soustraire les questions politiques de l’analyse économique nous paraît justifié dans certains cas, moins dans d’autres. Fondamentalement, nous sommes partisans d’une analyse réductionniste de l’Economie, ayant pour objectif de simplifier la réalité pour tenter de représenter des mécanismes économiques plus ou moins généraux. Mais nous ne pensons pas que le réductionnisme est une fin en soi et nous ne cautionnons pas toutes les pratiques réductionnistes. En particulier celles qui laissent de côté certaines dimensions politiques essentielles dans la compréhension d’un phénomène et celles qui, sous couvert de scientificité, imposent des conclusions politiques présentées comme indiscutables.
Ceci nous mène à évoquer la place des mathématiques en Economie. Elles sont selon nous un outil puissant. Mais nous n’en faisons pas une religion. Des auteurs qui en usent peu peuvent fournir des grilles d’analyse intéressantes. Et des économistes qui ne font que des maths peuvent produire des travaux de mauvaise qualité. A notre sens, le bon économiste est celui qui commence par formuler plus ou moins mathématiquement sa théorie et passe au langage courant lorsque son modèle mathématique est visiblement limité pour aider à comprendre le sujet traité. D’où finalement un certain éclectisme dans nos vues sur l’Economie (et accessoirement, le jeu de mots facile qui sert de nom à notre site).
Pour différentes raisons, aucun de nous n’est chercheur, à ce jour en tout cas, en Economie. Néanmoins, nous soutenons l’approche académique de l’Economie. Nous rejettons les attitudes populistes consistant à dire que les économistes (même ceux de l’OCDE et du FMI ou de la Banque Mondiale) sont confinés dans leur tour d’ivoire et ne se soucient pas du monde qu’ils sont censés décrire. Cela peut être vrai pour certains, mais ce n’est pas une caractéristique propre à tous les économistes.
Mais soutenir une démarche académique ne signifie en rien que cette démarche n’est pas à partager. Et c’est pourquoi nous avons créé ce site. Nous ne nous adressons pas à un public particulier. L’objectif de vulgarisation est omniprésent. Pourtant nous ne souhaitons pas faire d’Econoclaste un site pour les étudiants chasseurs d’aides aux devoirs et autres corrigés clés en main. D’autres sites le font. Nous espérons plutôt pouvoir contribuer modestement à la culture économique des citoyens qui se perdront un jour chez nous, et à approfondir la nôtre. Pour cela, nous tentons de ne pas faire de concessions sur la solidité de notre approche. Car, comme le disait en substance John Maynard Keynes, l’Economie est une discipline complexe, mais peu de gens le savent.
Nous ne prétendons pas à la perfection. Mais nous laissons de côté la modestie face à ceux qui se parent de certitudes, là où une attitude plus nuancée s’impose. C’est dans cette optique que peuvent s’interpréter certaines de nos rubriques (le bêtisier en particulier). En fonction de nos disponibilités et de nos envies, nous mettons ces quelques pages à disposition de tous, en espérant qu’elles apportent des moments de détente ou des renseignements utiles aux uns et aux autres. Toutes ces considérations mériteraient d’être plus longuement développées. La place manque hélas ici. N’hésitez pas à nous contacter pour nous faire part de vos remarques.
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