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La France numérique, notre devoir d’alerte

par Patrick Bloche et Christian Paul

mercredi 28 mai 2008, par Le blog d’AdmiNet

Notre société entre dans la civilisation numérique. Engagés depuis plus de dix ans pour la politique numérique de la France, nous avons décidé, après réflexion, d’être présents aux Assises qui s’ouvrent le 29 mai pour exercer vigoureusement notre devoir d’alerte.

Notre pays est sur une mauvaise pente, accumulant des choix critiquables, et le plus souvent, une absence de stratégie à la mesure des défis.

C’est pourquoi nous mettons en garde dans cinq domaines essentiels pour préparer l’avenir :

- 1- Haut et très haut débits : l’Etat ne met pas un euro. Pire, il ne pilote rien. Pour
la première fois, un grand réseau stratégique se déploie sans vision partagée, ni
stratégie publique. Or, le marché ne peut pas tout : face au surinvestissement dans
les zones denses, et à l’abandon des zones blanches, il faut additionner
l’investissement privé et l’initiative publique pour aller vers la couverture numérique
universelle. La loi de modernisation de l’économie, si elle crée des règles utiles, ne
donne pas l’impulsion nécessaire.

- 2- L’impasse et les illusions de la loi Albanel (HADOPI) en préparation.
Une nouvelle fois, 3 ans après la loi DADVSI, le gouvernement s’égare dans la voie
répressive, instituant en priorité la « chasse au pirate ». Internet n’est pas hors du
droit, mais le recours à des lois archaïques bien éloignées d’un réel consensus ne
rend service à personne, ni aux artistes, ni aux producteurs, ni aux internautes.
Pourtant, les nouveaux financements de la création sont à construire, ils sont à
portée.

- 3- La société de surveillance généralisée pour des citoyens traçables.
Passeports biométriques et fichiers échappant au contrôle de la CNIL, tentation de
filtrage, fichage des élèves, surenchère sécuritaire, sont devenus le quotidien d’un
pouvoir anxiogène.

- 4- La fracture culturelle et sociale s’est installée dans la société numérique :
une famille française sur deux n’a pas d’accès au net. Internet pour tous reste un
mirage. De l’école aux lycées, les collectivités locales sont conduites à se substituer
à l’absence durable de l’Etat, pour répondre à l’exigence d’égalité.

- 5- Le sous-investissement français a été signalé par un rapport récent…du
secrétariat d’Etat à l’évaluation des politiques publiques.
L’investissement des entreprises françaises dans les TIC est de 50% moins élevé
que dans les pays européens en tête du peloton. Aucune mesure nationale crédible
n’est venue apporter un soutien à ces investissements stratégiques.
Nous sommes disponibles pour bâtir une société numérique ouverte, pas pour
applaudir des voeux pieux sans lendemain.