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La loi de Darwin


La loi de Darwin

Après une journée de “décompression”, à mon tour de faire un bilan à tête reposée sur cette expérience.

Au delà des constats, des sensations à “chaud” livrées vendredi sur nos antennes respectives, ces cinq jours doivent également nous permettre d’alimenter notre réflexion sur l’évolution du métier de journaliste. Nous l’avons suffisamment répété (tout comme les “spécialistes” de la question) : les informations recueillies dépendaient de nos réseaux. Dans le mien (210 abonnements plutôt généralistes), j’ai tenu à intégrer journalistes et non-professionnels (mais “twittos” aguerris) pour ne pas tomber dans la “consanguinité”. La plupart figuraient parmi les “comptes à suivre” (pour leur pertinence, la qualité de leurs infos…) selon de nombreux blogueurs.

Sur la “twittosphère” francophone, il s’avère (comme pour mes quatre confrères) que la politique (mais pas trop l’actu concernant Nicolas Sarkozy) est surreprésentée par rapport à l’actualité internationale (surtout lorsqu’elle n’est pas incontournable… par exemple le séïsme à Haïti) ou l’économie (le départ de Didier Lombard de France Télécom a été très peu évoqué… beaucoup moins que par des contributeurs anglophones). Autre élément notable : la rubrique faits divers/justice est absente alors qu’elle est presqu’un produit d’appel sur les médias traditionnels les plus populaires : RTL, Le Parisien, TF1.

Sur la hiérarchie de l’information dans les médias traditionnels, on justifie souvent la mise en avant d’une info par cette phrase définitive : “ça intéresse nos lecteurs/auditeurs/téléspectateurs“.
Cette expérience peut-elle démontrer que ces justifications sont une fiction émanant de cerveaux de rédacteurs en chef parisiens ? Ou la faiblesse, en nombre, de la “twittosphère” francophone (sensible aux nouvelles technologies) biaise le constat ? Une “twittosphère” où, d’ailleurs, la plupart des messages sont issus d’une petite minorité de contributeurs… ce qui peut laisser entendre qu’une hiérarchie de l’info est aussi imposée par certains comptes de référence (à lire, cet intéressant article en anglais).

Par ailleurs, l’exemple de l’explosion à Lille (entendu le 2 février) est édifiant : plus de 5000 tweets ont circulé en moins de deux heures pour tenter d’expliquer ce phénomène. Il s’agissait, en fait, d’un avion franchissant le mur du son et non pas d’une fuite de gaz dans un immeuble (l’une des hypothèses les plus souvent évoquées). Cela confirme une chose : Twitter est aussi un outil d’alerte que les journalistes doivent intégrer dans leurs méthodes de travail, en plus des dépêches d’agence, de la presse traditionnelle mais aussi des blogs. L’information qui circule (très vite) sur ces réseaux sociaux doit être écoutée comme la parole du citoyen “lambda” rencontré sur le terrain. Le lien direct internautes/journalistes doit nous permettre d’être plus réactifs sur “l’information de proximité” où les médias nationaux sont moins efficaces (on ne peut pas être partout).

Nous devons apprendre à humer un peu plus l’air du temps, à nous détacher de l’agenda classique imposé par les ministères, les “communicants”… Et la fonction du journaliste dans tout cela ? Elle reste essentielle en ne colportant pas des rumeurs infondées – surtout si elles sont “croustillantes” (la chasse au scoop) mais en les vérifiant, en les analysant, en les mettant en perspective… Avec ces réseaux sociaux, le métier n’est pas menacé (comme certains veulent le laisser entendre), il évolue tout simplement…

Nour-Eddine Zidane
http://twitter.com/zizou78700

Voir en ligne : La loi de Darwin

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