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Nouveaux concours et "masterisation"

samedi 7 mars 2009, par DF

NOUVEAUX CONCOURS ET "MASTERISATION"

La majeure partie des Universités sont en grève pour protester :

- 1 - Contre la réforme du statut des enseignants-chercheurs
- 2 - Contre la réforme des concours (la "mastérisation")
- 3 - Contre la Loi LRU négociée par les Présidents d’université
- 4 - Contre le changement de statut des BIATOS (agents qui font "tourner" les Universités)
- 5 - Contre le nouveau statut des doctorants
- 6 - Contre la reconnaissance des diplômes délivrés par le Vatican
- 7 - Contre … beaucoup plus de choses que ce que la presse expose avec parcimonie. En ces temps de crise économique, pour parodier Henri de Rochefort, où la France compte 46 millions de sujets sans compter les sujets de mécontentement, l’Éducation n’est pas à l’abri d’une politique comptable qui se met en place dans d’autres Ministères (Justice, Santé,…) : il s’agit de RENTABILISER la fonction publique, de faire en sorte qu’elle coûte de moins en moins cher au contribuable, quitte à lui transférer des charges qui ne sont pas couvertes par les recettes ou les nouvelles enveloppe budgétaires.

Essayons d’examiner deux de ces problèmes (qui sont liés) le statut (en gros) qui concerne le MEN Sup (Ministère de l’Éducation Nationale Supérieur = Valérie Pécresse) et plus en détail la question des concours qui regarde le MEN (Ministère de l’Éducation Nationale = Xavier Darcos).

1 - En très gros la réforme du statut des enseignants chercheur avait pour but d’inféoder la carrière des universitaires à leur Président d’université qui déciderait de leur carrière (charge, primes, avancement,…) en fonction de leurs performances. Ceci fait suite au très critiquable classement de Shanghai, qui place les Universités françaises dans les fins fonds de son classement en privilégiant (comme pour le Nobel) les publications en anglo-américain pour juger de la qualité d’une recherche. Ceci implique également qu’il n’y a de recherche QU’EN SCIENCES, ce qui est assurément faux.

Il y en a dans toutes les disciplines enseignées dans les universités. Ceci dit, pour mieux "contrôler" les activités des enseignants chercheurs, pour prétendre mieux les évaluer (comme s’ils ne l’étaient pas, alors qu’ils le sont au moins tous les 4 ans… ce qui est beaucoup plus qu’un enseignant du secondaire qui ne verra un IPR ou un IG que deux ou trois fois dans sa carrière), on a dévolu ce rôle aux Présidents des Universités, tout en augmentant substantiellement leur prime (de docilité, diront les mauvaises langues). Ainsi, un "bon" chercheur, aurait vu ses charges de cours diminuer et un "mauvais" chercheur aurait vu ses charges de cours augmenter. Ceci se serait mis en place avec la disparition (démantèlement) du CNRS où les chercheurs n’ont pas de charges de cours (en principe). Parallèlement, les chercheurs (comme on l’a lu dans la presse) aurait eu pour obligation de "trouver", gage de la réalité de leur recherche et de sa qualité. Actuellement, le Ministère est en train de rerédiger ce statut grâce à une concertation qui rassemble essentiellement : les représentants de la CPU (Conférence des Présidents d’Université, largement favorables au Ministère, prime que certains appellent de "docilité" ([+ de 40.000 $ en fin d’année] oblige), des syndicats très minoritaire dans le supérieur sauf un dans les (ex)IUFM et quelques "spécialistes" recrutés par le Ministère, pour, craint-on, une "cosmétisation" du texte initial, c’est-à-dire, un texte largement semblable au premier où le pouvoir des Président sera simplement atténué par la modulation volontaire par les enseignants de leur temps de recherche et de cours, avec une évaluation qui sera nationale par les pairs de la discipline et une amélioration des promotions (Ceci au 04/03/09). Les problèmes de fond sont toujours écartés, comme dans un grand nombre de cas que nous allons voir, car ils troublent la vision comptable et managériale de l’Université.

2- Les nouveaux concours ou la "Mastérisation"

2.1 - Le cas de figure générale.

Il s’agit d’harmoniser le système éducatif français qui est le seul en Europe a avoir un système de concours de haut niveau, avec le reste de l’Europe (Bruxelles n’a rien demandé de tel explicitement, mais on se dit obligé de le faire à la va vite). Dans les autres de Pays d’Europe, effectivement (les anciens pays du bloc de l’Est par exemple) il existe un curus particulier de type "enseignement" (didactique des disciplines) pour les étudiants qui veulent devenir enseignants avec, par exemple, une licence de type enseignement qui se passait à Bac+5 (ancien régime en Hongrie), mais le plus souvent avec une spécialisation qui commence à Bac+3, qui contient des matières d’enseignement et qui donne lieu à de nombreux stages en établissement tant en France qu’à l’étranger (Fac et IUFM). Ces modes d’enseignements sont régulièrement évalués par Bruxelles dans le cadre de la Stratégie de Lisbonne. Les États membres ont lancé des processus de réforme de longue haleine et, bien que la progression soit lente et les objectifs éloignés, la voie suivie est généralement la bonne. Il reste encore beaucoup à faire, mais la Commission est tout à fait disposée à continuer à faciliter la coopération et la collaboration dans ce domaine, remarque le Commissaire européen Figel’ pour cette année. Le cahier des charges de cette "mastérisation" organisait les études ainsi.

Le premier niveau du Master enseignement (M1) devrait se dérouler en cours de formation de première année et concernerait tous les candidats. Cette année devrait être de type généraliste, servant à faire acquérir aux futurs candidats aux concours les connaissances de base touchant à la carrière qu’ils souhaitent entreprendre, une sorte de découverte de "l’entreprise éducation" (même si l’expression est sujette à bien des réserves) non plus en tant qu’usager, mais en tant qu’acteur et sur ses exigences de niveau. Ce M1 serait acquis à la suite d’un stage d’observation en établissement scolaire, stage qui devrait avoir plusieurs formes, tout dépend du point de vu que l’on adopte à son égard, dans le cadre de la franchise universitaire et dans le respect du texte de cadrage qui la borne, pour que ces formations aient nationalement un aspect semblable (les concours sont nationaux, rappelons-le) tout en conservant une souplesse qui respecte les exigences de qualité attendues par les responsables de la formation et la commission nationale de validation.
Le second niveau du Master enseignement (M2) devrait se dérouler en fin de formation, à la suite des épreuves écrites (probablement en janvier) et orales (les mois suivant, deux ou trois après ?) et d’un stage en responsabilité. Ce M2, indispensable à la validation du concours, va sanctionner la réussite à l’un des deux concours, CAPES ou Agrégation. Il fera suite à un stage beaucoup plus long (108 h au maximum) que celui de l’année précédente. Comme le M1, le M2 devra avoir été validé par l’AERES (Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur). En revanche, et c’est ce que l’on vient d’apprendre : un candidat qui serait reçu à son M2 et qui n’aurait pas été reçu au CAPES (Certificat d’Aptitude au Professorat de l’Enseignement Secondaire), ne pourrait pas le repasser en étant inscrit dans la même Fac, voir ne pas le repasser du tout (ce n’est pas très clair !). Il faut donc que celui qui n’a pas été reçu au CAPES échoue à son Master 2 afin, dit le Ministère, de ne pas gonfler le nombre des "reçus-collés" qui, pourtant, seraient alors employables comme MA, ou pourrait aller travailler dans les "boîtes à Bac", ou chez Acadomina (qui pourrait alors dire : "Nos enseignants sont tous diplômés de l’enseignement"). Le collé au CAPES et au M2 devrait pouvoir repréparer le CAPES dans la même Fac. Le Ministère recommande donc aux Fac de mettre en place un numerus closus à l’entrée en M2 de façon à ne prendre que les meilleurs des étudiants de M1, c’est-à-dire de coller au maximum en M1. À l’inverse, et c’est ce que le MEN ne dit pas, il revient au Fac de "donner" le M2 à tous les candidats reçus au CAPES (sinon ils perdent leur admission au CAPES) pour qu’ils puissent être titularisé à la rentrée, y compris à ceux qui l’auraient eu "par hasard" (ça arrive tous les ans) et qui, manifestement, ne feront pas de "bon" profs. De la même façon, si la titularisation des PLC2 donnait lieu à une évaluation par un jury académique, cette nouvelle forme de titularisation se fera grâce à l’obtention de ce seul M2 face à un jury "maison". En fait, le MEN souhaite qu’il y ait beaucoup de reçus-collés, afin de disposer d’un vivier abondant de MA, employés à "titre précaire et révocable", MA qui n’aura aucune chance d’être reçu au CAPES (comment s’occuper d’une, deux ou trois classes et préparer sérieusement le concours) et qui surtout qui ne coûtera pas cher. De plus, comme face à la protestation, on va hésiter à envoyer les jeunes certifiés (en stage accompagné d’ailleurs, donc peut-être dans des établissement "normaux") face aux "sauvageons" des établissements difficiles, on y mettra des MA que l’on changera tous les trois mois.

2.2 - Les dispositions générales :

- Elles sont contenues dans la circulaire n° 0805693.

- Ces Master devront s’adapter à la formation des futurs enseignants en prévoyant une préparation effective à leur métier par des pratiques encadrées incluant des stages. La préparation à ces concours de recrutement, et par là les Masters, devra offrir un parcours qualifiant et professionnalisant de haut niveau leur permettant d’accéder à des métiers divers y compris à poursuivre formation et recherche au-delà du master.

- Les nouveaux Masters devront respecter les règles du LMD [Licence, Master Doctorat], notamment la progressivité des spécialisations et la possibilité offerte à chaque étudiant (…) d’adapter son cursus en capitalisant ses acquis. Ce qui veut dire que les formations doivent être à fois axées "enseignement", mais assez ouvertes pour que les ECTS (European Credits Transfer System) affectés à chacune de ces préparations puissent s’intégrer dans un autre cursus et même, à la limite, puisse être capitalisée par un étudiant Érasmus. Ce qui laisse entendre la présence d’un aspect "culture générale" dans ces formations, qui répond à notre idéal français d’enseignement : un certain encyclopédisme.

- Les Masters devront s’élaborer sur 4 ou 5 axes qui veillent à assurer une formation large et qui vont également introduire une notion de "point de vu". On aura soin d’introduire une culture scientifique, c’est-à-dire disciplinaire, pour chaque matière. On veillera, quand cela est nécessaire, à assurer un réel savoir faire expérimental. Ces mémoires seront le résultat d’une initiation à la recherche, y compris par un travail de recherche personnalisé, ce qui suppose un investissement personnel dans ces travaux et le respect de normes formelles. Ces Masters devront assurer la formation effective et progressive aux métiers de l’éducation et de l’enseignement incluant un stage d’observation et de pratique accompagnée, aptes à faire découvrir au candidat ce que sont les métiers de l’enseignement et dans quelle condition ils se pratiquent. Enfin, ces Master assureront la préparation des concours dans leurs dimensions à la fois académiques et pratiques, c’est-à-dire aux épreuves écrites (deux) et orales (deux) dans toutes les disciplines.

- Enfin, et ceci semble surtout concerner le M2 : La formation professionnelle [devrait] s’articuler avec une réflexion didactique, pédagogique, disciplinaire et épistémologique qui suppose des "aller-retour" entre terrain et formation accompagnés d’une réflexion encadrée par l’équipe pédagogique. C’est ce que l’on appelle "l’analyse de pratique" et la "pratique accompagnée". Ceci n’empêche pas d’introduire une dose de réflexion sur le métier dès le M1.

- De là deux types de Masters possibles : Des masters disciplinaires aménagés avec spécialités ou/et parcours "enseignement" et Des master "métier de l’éducation et de la formation". Dans ces deux cas, l’accent est mis sur l’idée d’ouverture, sur la nécessité qu’il y a à ne pas cloisonner Masters Enseignement (Me) et Masters recherche (Mr). Ce serait contraire à l’esprit du LMD et ne préparerait pas les étudiants de la filière enseignement à la recherche fondamentale, alors qu’il a été dit que, dans l’idéal, une fois enseignants, il devrait pouvoir poursuivre leurs études et faire de la recherche de haut niveau dans leur discipline. Et c’est là que l’on rappelle que ces masters reposeront sur une plus grande polyvalence disciplinaire, c’est-à-dire sur une ouverture des champs de connaissances. On peut donc penser que toutes les formations devront offrir des connexions possibles avec une discipline ou une spécialité ou une filière professionnelle enseignée dans l’Université, ce qui implique un ensemble de possibilités fort large en raison de la multiplicité de l’offre de formation, mais aussi l’assurance qu’il existera des interconnexions entre les Masters enseignement et recherche et qu’il ne serait pas impensable d’aller chercher dans l’un ou dans l’autre des ETCS utiles à sa une formation générale ou spécifique. C’est pour cela que cette circulaire de cadrage s’achève par une référence à la formation continue.

- Les deux types de masters […] doivent aussi faciliter les reprises d’étude et des reconversions professionnelles en proposant des formations complémentaires préparant aux différents métiers du domaine.

Hormis un communiqué du MEN du 15/01/09 annonçant qu’il s’engageait à trouver 90.000 places stages, que ces stages seraient rémunéré 3000 € (sur l’année, sans doute, soit 250 €/m), il est prévu un accompagnement social de 12.000 bourses "au mérite" de 2500€ l’an (soit 208,33 €/m) et sur critère social (qui écarte toutes les familles des classes moyennes), plus 1449 € l’an de bourses sociale (soit 120,75 $/m). Il en résulte qu’au mieux 12.000 étudiants pourront bénéficier d’une bourse de : 250+208,33+120,75 = 579,08 €/m. Si l’on compare avec les 1200 € que touche actuellement un PLC2… on est loin du compte. Mais ce n’est pas fini.

2.3 - Problèmes soulevés :

- Les nouvelles dispositions de ce concours ont été connues le 17/10/08 et les copies devaient être rendues pour le 15/12/08, puis le 15/02/09, puis le 15/04/09. C’est insuffisant pour que l’AERES examine tous les projets et pour que le CNESER (Conseil National de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche) puisse entériner les projets avant les vacances. Qu’importe répond le MEN, on peut déposer un projet n’importe quand, en attendant, on peut monter une formation expérimentale non diplômante et de toute façon les actuelles maquette sont appelée à être amendées. On se demande alors qu’elle est la validité et l’utilité des commissions qui vont les examiner ?…
- Il n’y a pas de cadrage national précis sur les volumes des différents aspects du Master enseignement, ce qui va rendre l’offre très hétérogène d’une Fac à l’autre. Le MEN répond qu’il fait confiance aux Universités pour qu’elles montent "les meilleur master que vous pouvez faire". Si on se réfère au texte de l’AERES, il est dit que L’évaluation devra tenir compte sur ce point, encore plus que pour les précédents, du contexte dans lequel se situent les étudiants, puisqu’une partie d’entre eux pourrait être dans des antennes ne disposant pas in situ de moyens de recherche développés. Ce qui veut dire, entre autres, que l’on aura des Université bien dotés, dit le Ministère, ayant les moyens de monter de véritables préparation et d’autres qui monteront des parodies de formation (c’est à dire les petites Universités, comme si la cherche y était moins bonne qu’ailleurs !), donc que l’on aura des étudiants ayant de la chance et d’autres qui n’en auront pas, sauf à aller s’inscrire dans les Facs ayant de "véritable formation"… avec 579,03 € de revenus par mois à Paris ou dans les grandes métropoles de province !…
- Ces nouveaux masters doivent s’adosser à une discipline, donc, au delà à des équipes et des laboratoires de recherche (Cf point supra) en établissant des passerelles entre Master enseignement et Master recherche. Comment assurer ces passerelles pour faire en sorte qu’un étudiant collé/reçu puisse entreprendre, par la suite un doctorat ?… Le MEN reste évasif sur ce point, conscient qu’un cursus recherche en M1 et M2 ne saurait être comparable à un cursus enseignement en M1 et M2. Il y aura bien quelques points de concours, mais trop peu nombreux, à cause des exigences de programme du Master enseignement. Le MEN fait confiance à l’inventivité des Universités. Aidez-vous et le ciel vous aidera !… Le ciel aura surtout intérêt à aider les étudiants qui n’auront pas de bourse de thèse (elles sont rares) et qui n’auront plus de bourse de Master enseignement, puisqu’ils auront été reçus/collés !…
- En ce qui concerne l’absence de cadrage national et de toute directive dans ce sens, sauf à dire que le CAPES sera basé sur les contenus des programmes du secondaire, il appartiendra au Facs de monter une licence profilé "enseignement" pour apporter aux étudiants les connaissances ne figurants pas dans les programmes du secondaire, afin qu’ils n’aient pas trop de lacunes en cas de changements dans les programmes. En effet, en Histoire par exemple, on peut craindre que les futur profs n’aient pas plus le sens de la chronologie que leurs élèves et dans ce cas ils seront bon pour enseigner le créationnisme… ce qui pourra plaire. De toute façon en cas de remaniement des programmes (ce qui va arriver dès 2010 avec ceux de seconde), les nouveaux masters devront être reprofilés. Quoiqu’il en soit les contenus des nouveaux CAPES et de l’Agreg sont encore à l’état de "documents de travail" et dans ces conditions, il est difficile de profiler une formation qui soit en accord avec un contenu de concours, sauf à improviser une partie de la formation au dernier moment (à partir du 15 août pour un début de formation au 1er septembre ?).
- Les dates de concours ne sont toujours pas fixées, or elles conditionnent l’architecture du M2. Quel contenu lui donner pour arrêter la formation à temps et pour qu’elle soit complète ?… On avait parlé des écrits en janvier, des oraux un mois plus tard (mi-février) pour qu’ensuite les étudiants aient le temps d’aller faire leur stage, le temps de rédiger leurs 90 pages de mémoire et le temps de le soutenir. Réponse du MEN : une réunion interministérielle devrait en décider au plus tôt mi-mai ou mi-juin. En fait les Facs devront, en M2 et tout à la fois, former les étudiants aux épreuves du concours (écrit et oral), sans doute participer à la correction expédiée des épreuves (rien n’est dit sur la composition des Jurys) et aux jurys des oraux, piloter une continuité de stage (formation en alternance), suivre les mémoires et organiser des soutenances… biaisées. Un rythme d’enfer pour les enseignants comme pour les étudiants.
- Les stages : le MEN en a promis 90.000, mais a-t-on trouvé les 90.000 maîtres de stages compétents pour les diriger ?… Réponse du MEN : le problème est épineux et il n’est pas réglé. Qui va payer les maîtres de stage : les Ministères de l’enseignement (l’employeur) et de l’enseignement supérieur (le formateur) se renvoient la balle. En fait, aucun ne veut payer et ils verraient d’un bon œil que ce soit les Universités qui s’en chargent… alors que les Université doivent assurer toute cette formation A MOYENS CONSTANTS c’est à dire en ne comptant, pour toute ressource supplémentaire, que sur les droits d’inscription. Ce qui veut dire que, si l’on ne peut plus compter sur les "mauvais chercheurs" pour faire "n" heures de cours en sus pour former aux concours, il va falloir considérablement augmenter les frais d’inscription aux concours pour pouvoir payer les intervenants (Agrégés du secondaire en HS) et les maîtres de stage ce qui représente pour eux seuls une charge de 291 600 000 € (90.000 stages x 108 h x 30€/h) !… Même si ces stages, comme il a été dit, se déroulent aussi en GRETA ou en AFSA (deux organismes de formation des adultes), il faudra quand même payer les formateurs.
- La formation professionnelle : peut-on vraiment comparer 108 h de stage avec une année de PLC2 en IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maîtres) ?… Certainement pas. C’est pour cela que le MEN compte sur une formation complémentaire dans les années qui suivent, c’est-à-dire la première année avec l’aide d’une sorte de "tuteur" (quid de son indemnisation ?… par décharge horaire sans doute pour que cela "coûte" moins), les années suivante par l’offre du PAF (Plan Académique de Formation). Le MEN est conscient que cette offre en généralement très médiocre, mais c’est un problème qu’il faudra résoudre… un jour. En tout cas, le Ministère de l’enseignement supérieur renvoie le problème au MEN, ce n’est pas le sien.
- Les inégalités : il semble que l’on se dirige vers la disparition de la formation à l’Agreg dans les Universités. Le MEN affirme de 82% des reçus à l’Agreg viennent de l’ENS et 18% des Universités. C’est un chiffre (qui ici concerne les SVT), que les universitaires contestent et qui, en l’état n’est pas vérifié. En tout cas, le report de stage après le CAPES reste de droit pour la préparation à l’Agreg. On ne dit pas si l’étudiant qui aura eu une bourse pour préparer le CAPES, l’aura de nouveau pour préparer l’Agreg. Si ce n’est pas le cas, le Ministère fait remarquer que ce sont les étudiants issus des "classes moyennes" (entendre les rejetons d’enseignants, par exemple, mais aussi classes qui actuellement sont assujetties à tout sans bénéficier de rien [bouclier fiscal !]) qui réussissent aux concours. Quant à ceux dont les parents ne pourraient pas/plus payer, les banques se feront un plaisir de leur faire un prêt (à taux et à conditions non précisés eu égard à la crise). Le MEN n’a pas encore prévu le CAPES à 1€ par jour pour éviter la ségrégation sociale qui s’installe là aussi, mais il reconnaît que "Le sujet de l’inégalité sociale est une vraie question". (Réunion à la DGSE avec les SVT du 11/02/09).
- Enfin, chose que l’on a sans doute pas assez souligné et en comptant en années scolaire, le candidat reçu deviendra fonctionnaire (mais ce n’est dit nulle part ! Supposons donc qu’il le sera, à moins qu’il devienne agent des collectivités locales, ce qui expliquerait le discours sur la "proximité de gestion des carrières", et qui permettrait de transférer sur les Régions [d’où la nécessité de les regrouper comme dans le Plan Baladur pour pouvoir faire face économiquement] la masse salariale des nouveaux enseignants. Ainsi les Régions auraient-elles à gérer les locaux et les profs qui sont dedans…) à Bac+5/6 !… Au moment où l’on parle de la nécessité d’allonger les carrières en augmentant le nombre d’années de cotisation pour faire face aux déficits des caisses de retraites, comment concilier cette obligation avec l’interdiction maintenue aux fonctionnaires de travailler au delà de 65 ans ?… Sauf à admettre que les futurs enseignants partiront avec une retraite amputée, pour grossir la cohorte des économiquement chétifs qui est en train de croître !…

Dans de telles conditions, on comprend mal comment les universités de l’Académie de Créteil (documentation comprise) auraient pu rendre leurs projets de "mastérisation", projets que le Ministère s’est empressé de diffuser puisque la formation M1 et M2 devrait débuter en septembre 2009. Il est vrai que le même Ministère de l’Enseignement Supérieur laisse entendre que si l’on peut parler du statut des enseignants-chercheurs (un peu), il n’y a rien à discuter du projet "mastérisation" qui dépend d’ailleurs du MEN qui a une position plus radicale. La "mastérisation" est à prendre en bloc quelques que soient les incohérences que le projet recèle… Quoiqu’il en soit, le malaise est certain. Les négociations apparaissent comme un moyen de retarder une décision qui devrait s’imposer : le retrait de ces projets et leur réécriture complète à l’issue d’une véritable consultation d’enseignants qui ne se reconnaissent pas plus dans la Conférence des Présidents d’Université que dans les syndicats minoritaires qui sont allés à Canossa.

DF - Enseignant chercheur à P7